Portrait du mag - Léon Butez, la vie des autres

Publié le : 
Mercredi 6 novembre 2019 - 07h15
Thème d’actualité : 
solidarité
éducation
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Léon Butez dans les galeries de l'Hôtel de Ville

Le 11 octobre 2019, Léon Butez a reçu la médaille de l’ordre national du Mérite. Une haute distinction qui vient récompenser les actions solidaires menées par le Rouennais depuis des années.

Il faudrait deux tomes, probablement trois pour raconter la vie de Léon Butez. Le mois dernier, à presque 83 ans, il a reçu la médaille de l’ordre national du Mérite à l’Hôtel de Région. "Une cérémonie pleine d’émotion. Il y avait là toute ma famille, mes amis et les gens que je porte dans mon cœur", raconte-t-il, encore touché. Une décoration pour récompenser son action solidaire et des initiatives humaines souvent menées avec son épouse ou des proches.

Le premier chapitre de la vie de Léon – il demande que l'on ne l'appelle pas Monsieur Butez – s’écrit du côté du Pas-de-Calais, où le jeune homme marchera dans les pas de son père, dans les mines de la région. Mais il ne se voit pas d’avenir dans le charbon et s’engage dans l’armée à 18 ans, c’est l’époque de la guerre d’Indochine. Il apprend le métier d’infirmier "sur le tas", revient sur ses terres avant de repartir pour l’Algérie. En 1957, il rencontre celle qui allait devenir son épouse. Elle est originaire de Montville, le couple se fixe en Seine-Maritime. Léon Butez fera l’essentiel de sa carrière dans la gendarmerie.

L'histoire de la prostituée assassinée

Le deuxième chapitre s’ouvre à sa retraite. "Au début des années 90, après la chute de Ceausescu en Roumanie, nous sommes allés avec mon épouse nous occuper d’un orphelinat, d’une école pour enfants handicapés et d’un hôpital d’enfant dans la ville de Botosani, au nord du pays", se souvient-il. En rentrant à Rouen, il s’aperçoit que la misère est présente aussi là, dans les rues de la ville. C’est à cette époque qu’il découvre la foi, qui deviendra une composante essentielle dans sa vie. Il se pose alors une question qui allait le hanter pour les années à venir : "Comment sont enterrés les gens qui meurent seuls dans la rue ?" Un autre Rouennais, Yves Meyer, partage cette préoccupation. Ensemble, ils créent l’association Arami en 2006, l’Association rouennaise pour l’adieu aux morts isolés. Depuis, avec les membres d’Arami, il accompagne les indigents dans leur dernière demeure. "L’élément déclencheur aura été l’histoire de la prostituée assassinée dans les années 2000. J’ai enquêté sur cette fille, étrangère, que personne ne semblait vraiment connaître", se remémore Léon.

Mooc

L’homme a également été marqué par sa rencontre avec l’abbé Pierre à Esteville, "l’humilité même", mais reste à l’écoute de son prochain avec la même attention. S’il a pris un peu de recul, l’habitant du quartier Saint-Marc n’en reste pas moins actif : "J’étudie à distance, je suis des mooc de théologie et de philosophie, je sors dans la rue tous les jours, de toute façon, je ne sais pas ne rien faire…". Ne comptez pas sur lui pour se promener avec sa médaille, "elle est rangée au placard", avoue-t-il. Avant de conclure : "Dites, n’en faites pas trop quand même dans votre article." À bien y penser, il faudrait plutôt envisager quatre tomes.

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