Portrait du Mag - Denise Holstein, mémoire vive

Publié le : 
Mercredi 6 mars 2019 - 08h00
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Denise Holstein

Son nom apparaîtra sur une plaque commémorative le samedi 9 mars 2019, rue Jeanne-d’Arc. Denise Holstein, née à Rouen, survivante des camps de concentration, n’a eu de cesse de transmettre son témoignage aux plus jeunes.

Denise Holstein reçoit dans son appartement du 5e étage, sur les hauteurs d’Antibes. D’un côté la Mer Méditerranée scintille sous le soleil de février, de l’autre on aperçoit les sommets enneigés d’Isola 2000. Elle aurait vraiment aimé être présente pour le dévoilement de la plaque, installée en son honneur au 79 de la rue Jeanne-d’Arc, ce samedi 9 mars, « mais à 92 ans, je suis fatiguée, je ne sors plus vraiment ».

Habillée d’un tailleur élégant, bien assise sur son canapé, Denise Holstein se souvient de ses années rouennaises, les premières de sa vie. Son père, chirurgien-dentiste ouvre son cabinet au 17, rue Jeanne-d’Arc. « C’est là que je suis née en 1927. En 1938, nous avons déménagé au 79 de la même rue. » Le cabinet paternel est au rez-de-chaussée, l’appartement familial au 1er.

Pour toujours, l’une des survivantes

Dans son émouvant récit, elle donne les détails du jour où sa vie a basculé. Le jour où les policiers français l’emmenèrent avec ses parents à la mairie de Rouen, avant de prendre un train pour Drancy. La petite Denise, 16 ans, ne reverra jamais son père et sa mère, déportés dans les camps de concentration. À son tour, elle sera envoyée à Auschwitz-Birkenau, en 1944, puis à Bergen-Belsen. L’horreur des camps, la survie, les chambres à gaz, les pieds gelés, et ses petits orphelins perdus, dont elle écrira l’histoire en 1995 : « Je ne vous oublierai jamais, mes enfants d’Auschwitz… », paru chez Edition°1.

À la libération du camp par les Anglais, Denise Holstein rentre en France, très amaigrie, malade. Pour toujours, elle est l’une des survivantes. La réadaptation est difficile. « J’ai ensuite commencé à travailler, j’ai été représentante de commerce à Paris et j’ai eu trois enfants, dont un premier décédé à l’âge de deux mois. Je n’ai plus parlé des camps pendant longtemps », témoigne-t-elle.

« Le plus bel hommage pour mes parents… »

Jusqu’au début des années 80 et le début de sa retraite. Jusqu’à ce qu’on lui propose de venir témoigner auprès de jeunes dans des écoles. « Ça a été un déclic, je n’ai plus jamais arrêté de raconter mon histoire, surtout auprès des plus jeunes, qui se sont toujours montrés attentifs et respectueux. » Elle commence à Rouen et alentours notamment, où la professeure d’Histoire Françoise Bottois l’encourage et l’accompagne dans cette démarche. Denise Holstein témoigne partout en France, se rend à Auschwitz aussi, avec des classes, « sans jamais verser une larme », souligne-t-elle.

Lorsqu’elle a appris qu’une plaque à son nom serait dévoilée au titre de « femme illustre ayant vécu à Rouen », elle a été à la fois émue et circonspecte : « Je ne pense pas mériter ça. J’ai regardé le mot « illustre » dans le dictionnaire, je ne m’y suis pas reconnue. Mais je suis très reconnaissante, car c’est sûrement le plus bel hommage que l’on pouvait rendre à mes parents ».

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