Roman

Arctica
Daniel Pecqueur, Bojan Kovacevic

Il était temps que nous ayons quelques révélations car, à la fin du tome 3, on ne savait toujours pas d'où venait cette fillette âgée de 10 000 ans au doigt laser (quand même...). Il était temps car politiciens, militaires, scientifiques et notre ami pilote Dakota ne font rien qu'à s'étriper en attendant. Tout le monde est très motivé pour avoir cette petite jeune fille au pair à la maison. La principale intéressée n'est pas tout à fait d'accord et commence, dès le début de ce 4e tome, par chercher à fausser compagnie à son ravisseur, le Doge, très antipathique, soit dit en passant. Ceci dit, concernant les révélations, il faut avouer que le lecteur est loin d'en avoir suffisamment pour y voir clair. Il faut dire qu'avec les péripéties qui s'enchaînent, les protagonistes n'ont guère le temps de philosopher s'ils veulent rester en vie. Le scénariste rouennais Daniel Pecqueur s'en donne à coeur joie pour retarder un dénouement qu'il devient improbable d'espérer pour le 5e tome...

Delcourt - 2011

Si j'avais su, j'aurais pas entendu
Marie-José Bernanose-Van Gheluwe

Henri, Pierre, Jean. Le grand-père, ses deux fils. Tous Bernanose. Tous résistants morts en déportation ou peu après. Une survivante : Marie-Louise, femme d'Henri. Quelle jeunesse pour Marie-José et Pierre, les petits enfants, qui vivent avec leur mère les effets-retard de la déportation ? Marie-José, aujourd'hui présidente d'une grande entreprise de fabrication d'articles de sport de la région, témoigne du quotidien de l'après-guerre et de l'inaltérable traumatisme des horreurs du nazisme. Marie-José Bernanose-Van Gheluwe rencontre les lecteurs jeudi 10 mars à L'Armitière à 18h.

 

Fabert - 2011

Tu verras
Nicolas Fargues

Non, Clément ne verra pas. Son père lui aura dit sans doute des milliers de fois : « Tu verras », sous-entendu « tu verras que j'avais raison, quand tu seras grand ». L'immuable ritournelle... Mais très vite, on apprend que Clément ne sera jamais grand car au début du livre, il meurt. Et tout le livre de Nicolas Fargues va évidemment résonner de cette absence car la mort d'un enfant vide la tête et emplit tout. « Sans prévenir, la montagne s'est à nouveau soulevée dans ma poitrine pour aussitôt sortir par ma gorge, mes yeux et mes narines. » Son absence est partout, ses mots reviennent sans cesse et le père regrette cette façon dont il a construit – ou déconstruit – l'éducation de son fils. Et tout cela apparaît bien dérisoire au final. Nicolas Fargues égratigne au passage sans acrimonie les méfaits des familles éclatées, du rythme infernal de la « vie moderne » qui pousse à penser à soi d'abord et parfois, à soi seulement. Le livre est aussi inscrit dans son époque, dans cette société narcissique qui sollicite les adolescents, leur donne l'illusion d'être mature mais les fragilise tout autant. Le livre fourmille de références aux marques, un « name-dropping » qui permet une identification plus facile du lecteur dans ce contexte de facebook, de BigMac, de PSP, de Rihanna, de Cherry Coke, de SFR... Les choses sont dites, simplement, sans volonté de moralisation. Et l'émotion n'en est que plus forte, le lecteur devenant spectateur d'un drame inévitablement touchant qui laisse un père désespérément seul. Car les autres s'en remettront : « compatissant le temps de finir de dresser la table en prenant un peu conscience de la fragilité des choses et de ceux que l'on aime plus que tout au monde et puis qui finiraient bien par passer à autre chose ». HD

P.O.L - 2010

Avant que la vie nous sépare
Sébastien Monod

Septième roman, septième Art, c'est l'accroche du dernier livre du Rouennais Sébastien Monod qui suit Matthew à Cinecitta, lui-même à la poursuite de Ralph Johnson. La star du grand écran descend dans l'hötel où Matthew a été engagé. Une aventure sentimentale dans l'Italie mussolinnienne. L'auteur lit et dédicace son dernier roman au Centre d'histoire sociale (au moulin Saint-Gilles) samedi 28 mai à 15h.

éditions TG - 2011

Les Contes de la nuit
Michel Ocelot

Paralèllement à la sortie en salles du film d'animation de Michel Ocelot, Les Contes de la nuit, les éditions Nathan publient une série de contes tirés du film. Et même des inédits. La magie opère toujours malgré la sobriété des "effets spéciaux" puisque Michel Ocelot fait vivre des personnages en ombre chinoise. Un exercice qui nécessite de solides histoires qui prennent l'allure de fables allégoriques. Et beaucoup de magie. Nathan a choisi de coucher sur papier 6 contes dont "La Fille-biche et le fils de l'architecte" en grand format. Pour sauver sa bien-aimée promise au sorcier, Thibault va devoir retrouver la fée des caresses. Une aventure épique et poétique qui va emmener les protagonistes dans de somptueux décors. Le Garçon Tam-tam fait également partie des contes repris avec "Ti-Jean et la Belle sans-connaître" et "Le Loup-Garou". Deux autres contes non repris dans le long-métrage sont également disponibles : "Le mousse et sa chatte" et "La maîtresse des monstres".

Nathan - 2011

Pas son genre
Philippe Vilain

Philippe Vilain aura fait du chemin (littéraire) depuis ses années rouennaises et L'Etreinte (1997), son premier roman. Spécialiste de l'autofiction, il s'en écarte très nettement avec 8e roman où il est question de l'amour (impossible ?) entre un prof de philo et une coiffeuse. Un point de départ plutôt « cliché » que l'auteur va bien... mettre en plis. « C'est peu après cet épisode que je pris conscience de l'ambiguïté de mes sentiments pour Jennifer, du mécanisme pervers de mon affection qui m'imposait de la mépriser pour l'aimer. » Le style en plus.

Grasset - 2011

Sollicciano
Ingrid Thobois

Elle n'a pas eu le Prix du premier roman sur un coup de chance. C'était en 2007 pour Le roi d'Afghanistan ne nous a pas mariés. La Rouennaise Ingrid Thobois le prouve avec un étonnant 3e roman. Au coeur de Sollicciano, Norma Jean, troublante séductrice entre deux hommes, mystérieuse et passionnée. Qui est-elle vraiment ? Une égoïste farouchement indépendante ("Norma-Jean se moquait de leur individualisme forcené mais l'un et l'autre y voyaient un signe de bonne santé, d'amour intelligent. L'ennui ne guetterait jamais ceux qui refusaient de se connaître") ? Ou une maîtresse incandescente ? Le lien avec Marylin Monroe n'est pas fortuit. Dans le décor, il faut ajouter la Toscane et sa prison qui donné son nom au roman. Mais la prison est partout et aussi dans les têtes, plus verrouillée que les plus impénétrables pénitenciers. Ingrid Thobois s'ingénie à égarer le lecteur dans un subtil et incessant chassé-croisé de flash-backs avant le dénouement. L'écriture est (encore !) remarquable et le lecteur n'abandonne pas le livre sur la route de l'Italie. "Je me suis assis sur un banc pour ouvrir la boîte qu'on venait de me remettre. Elle contenait deux pièces d'une monnaie qui n'avait plus cours, une cigarette à demi consumée, un paquet sur lequel il n'était pas écrit que fumer tue, un mouchoir usagé, et un peu d'air de Sollicciano, qui vient de s'envoler."

ulma - 2011